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Asthme chez l'adulte : idées reçues, diagnostic et traitements
le 12/05/2026
Asthme chez l'adulte : idées reçues, diagnostic et traitements
Toux persistante, souffle court, nuits agitées… L'asthme touche aussi les adultes, parfois sans qu'ils le sachent vraiment. Une maladie souvent mal comprise, entourée de croyances tenaces qui peuvent retarder le diagnostic ou compliquer la prise en charge. Le Dr Lina Khattar, pneumologue au sein du Centre Médical Ramsay Santé Miromesnil, fait le point et déconstruit les idées reçues les plus courantes.
Une maladie qui ne connaît pas d'âge
L'asthme ? Beaucoup s'imaginent encore que c'est une affaire d'enfants qui se soigne toute seule en grandissant. En réalité, nombreux sont les adultes qui en souffrent, parfois depuis des années, sans jamais avoir fait le lien avec leurs symptômes.
Pour le Dr Lina Khattar, certains signes doivent pourtant alerter sans tarder : « surtout quand ce sont des symptômes respiratoires récurrents ou inhabituels. Une toux sèche persistante, notamment la nuit, une respiration sifflante, un essoufflement qui varie selon les saisons ou les expositions - froid, pollens, pollution - et des périodes où il n'y a rien : ça doit être un signal ». La spécialiste insiste également sur l'importance du terrain : les personnes ayant un antécédent allergique comme l’eczéma, la rhinite allergique ou une histoire familiale d'asthme ont tout intérêt à faire un bilan respiratoire, même en l'absence de symptômes manifestes.
Ce qui complique encore le tableau, c'est que l'asthme ne se présente pas toujours sous sa forme classique. Certains patients arrivent uniquement avec une toux sèche chronique, sans le moindre essoufflement, et se voient diagnostiquer une pathologie ORL ou une bronchite à répétition. D'autres ressentent une gêne uniquement à l'effort, que leur médecin attribue à un manque d'activité physique. D'autres encore ne toussent que la nuit, ce qu'on interprète volontiers comme du stress ou du reflux.
« Clairement, ce n'est pas comme dans les livres, parfois cela peut être beaucoup plus atypique. » explique le Dr Khattar. Un diagnostic précis nécessite donc une consultation spécialisée et surtout, que le patient pense à mentionner ses antécédents respiratoires, même anciens.
« L'asthme se guérit avec l'âge » : une idée reçue qui peut coûter cher
C'est l'une des croyances les plus répandues, et l'une des plus dangereuses : l'asthme disparaîtrait avec le temps, surtout s'il a débuté dans l'enfance. La réalité est bien différente.
« L'asthme est une maladie inflammatoire, donc ça ne disparaît pas en tant que telle, mais elle peut devenir silencieuse. Elle peut réapparaître des années, voir des dizaines d'années après, ou pas. Mais ça ne guérit pas. » insiste la pneumologue. Un asthme de l'adolescence peut ainsi s'assoupir lors des changements hormonaux de la puberté, pour ressurgir à l'occasion d'une grossesse, d'une ménopause, ou encore d'une infection respiratoire.
Le véritable problème est que le patient qui s'est cru guéri ne pense plus à mentionner cet antécédent à son médecin. Il risque alors de recevoir un diagnostic erroné pour des symptômes qui sont, en réalité, liés à un asthme silencieux qui s'est réveillé. L'autre risque, plus grave, c'est qu'en tardant à consulter, les lésions s'installent. Un asthme mal contrôlé sur une longue période peut entraîner un remodelage progressif des bronches, qui deviennent plus rigides et répondent moins bien aux traitements.
D'où l'importance de toujours en faire état auprès des soignants.
Inhalateurs, cortisone, ventoline : les idées reçues sur les traitements
Côté traitement, les réticences sont nombreuses. Le Docteur Lina Khattar raconte que la cortisone inhalée fait peur à certains de ses patients, à tort dans l'immense majorité des cas : « ils ne veulent pas utiliser la cortisone inhalée, car ils pensent qu’ils vont être dépendants à la cortisone . Sauf que c'est une fausse pensée : la cortisone inhalée ne crée pas de dépendance en tant que tel (mais il ne faut jamais l’arrêter de façon abrupte sans avis de son médecin). C'est comme les lunettes - si vous les enlevez, vous n'êtes pas dépendant aux lunettes, c'est juste que vous voyez moins bien. »
Quant aux effets indésirables, prise de poids ou impact sur l'organisme, le Dr Khattar rappelle que la cortisone inhalée n'a rien à voir avec la cortisone prise en comprimé, qui est absorbée par l'ensemble du corps. À faible dose et ciblée directement au niveau des bronches, les risques sont très limités.
Autre écueil fréquent : arrêter le traitement dès que l'on se sent mieux. « S'ils se sentent bien, c'est parce qu'ils prennent le traitement, parce que l'inflammation a diminué grâce à lui et pas parce qu'ils sont guéri. La bonne démarche à suivre, c'est de revoir le médecin pour ajuster le traitement si nécessaire, pas de l'arrêter brutalement. »
Le Dr Khattar met également en garde contre le recours abusif à la ventoline. Utilisée à l'excès, elle perd en efficacité et peut provoquer des palpitations ou des tremblements. Elle est conçue pour soulager ponctuellement, pas pour remplacer un traitement de fond. Enfin, un détail qui peut paraître anodin, mais qui compte : savoir utiliser son inhalateur. Inspirer profondément par la bouche, coordonner le geste et la respiration, cela s'apprend. La pneumologue prend le temps de le vérifier avec chacun de ses patients, convaincue que l'éducation thérapeutique est la clé.
Environnement, sport, alimentation : des leviers trop souvent sous-estimés
La prise en charge de l'asthme ne se résume pas à une ordonnance. L'environnement joue un rôle central, souvent sous-estimé. « Vous avez beau mettre un pansement sur une plaie, si vous continuez à vous taper dessus, elle ne guérira pas. L'inflammation au niveau des bronches, c'est la même chose. » Moisissures, poils d'animaux, produits ménagers agressifs, fumée de tabac : identifier et limiter les facteurs déclenchants est une étape essentielle du contrôle de l'asthme.
Sur l'activité physique, l'idée que l'asthmatique doit éviter l'effort est une autre croyance à déconstruire. Au contraire, le docteur Lina Khattar explique que : « L'activité physique est fortement recommandée chez les asthmatiques quand l'asthme est bien contrôlé. Elle peut améliorer la capacité respiratoire et la tolérance à l'effort » Il n'y a pas de régime anti-asthme à proprement parler, mais le surpoids et le reflux gastro-œsophagien aggravent la maladie. Une alimentation équilibrée, riche en oméga-3 et en magnésium, peut contribuer à mieux contrôler les symptômes.
Pour savoir si l'asthme est bien contrôlé, des outils simples existent : le débitmètre de pointe, un petit appareil dans lequel on souffle pour mesurer le débit d'air, et le questionnaire ACT (Asthma Control Test), qui évalue en quelques questions le niveau de contrôle de la maladie. En fonction des résultats, la fréquence des consultations s'adapte : une fois par an suffit quand tout va bien. Mais sans attendre si les symptômes s'aggravent.
L'asthme, bien pris en charge, n’est pas une fatalité. Les traitements disponibles aujourd'hui sont efficaces, bien tolérés et peuvent transformer le quotidien des patients. Il est essentiel de privilégier un suivi médical, ne surtout pas s'autodiagnostiquer, et ne pas laisser les idées reçues retarder une prise en charge qui pourrait tout changer.