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Comprendre les troubles auditifs et les solutions pour mieux entendre
le 12/05/2026
En France, un adulte sur quatre est touché par une forme de déficience auditive et près de 500 000 personnes souffrent de surdité sévère à profonde. Handicap invisible, la surdité peut entraîner un isolement social progressif et une fatigue importante au quotidien. La bonne nouvelle : des solutions efficaces existent aujourd'hui à chaque stade de la perte auditive. Pour mieux comprendre les troubles auditifs et les moyens d'agir, nous avons échangé avec le Dr Michel El-Bez, ORL et chirurgien cervico-facial à la Clinique du Mousseau (Ramsay Santé).
En quoi l'audition joue-t-elle un rôle central dans la santé, et ce à tout âge ?
L'audition est un sens fondamental de la communication. Le lien entre audition et cognition est très fort, et il concerne toutes les étapes de la vie. Chez le nourrisson, un dépistage systématique de la surdité est réalisé dès la naissance, car sans prise en charge précoce, les troubles auditifs entravent le développement du langage et du comportement. Chez l'enfant et l'adulte actif, bien entendre est indispensable à l'apprentissage et à l'exercice professionnel : la perte auditive en milieu de travail est un handicap épuisant. Chez la personne âgée, les conséquences sont tout aussi importantes. Une perte auditive non compensée conduit progressivement à un isolement social : la personne se retrouve coupée du monde. C'est ce qui fait de la surdité un handicap invisible et, à ce titre, trop souvent banalisé.
Quelles sont les différentes causes de la perte auditive ?
Pour comprendre les causes, il faut d'abord comprendre comment fonctionne l'oreille. Elle se compose de deux grandes parties : l'oreille externe et moyenne, qui assurent le traitement mécanique du son, et l'oreille interne associée au nerf auditif et au cerveau, qui génèrent et interprètent le signal électrique.
On distingue donc deux grandes catégories de surdité :
- Les surdités de transmission, qui touchent la partie mécanique et sont souvent traitables médicalement. C'est le cas des otites récidivantes chez l'enfant ou d'un simple bouchon de cérumen.
- Les surdités neurosensorielles, qui affectent l'oreille interne ou le nerf auditif et sont généralement irréversibles. La plus fréquente est la presbyacousie, la perte auditive liée à l'âge : de la même manière que l'on parle de presbytie pour la vision, l'oreille se dégrade naturellement avec le temps. On estime qu'une personne sur trois sera presbyacousique d'ici 2050 en raison du vieillissement de la population.
Comment reconnaître les premiers signes d'une baisse d'audition ?
La difficulté, c'est que le cerveau s'adapte progressivement à la perte auditive. C'est pourquoi c'est souvent l'entourage qui tire la sonnette d'alarme en premier. Concrètement, plusieurs signes doivent alerter : faire répéter régulièrement, monter le volume de la télévision nettement plus que ses proches, ou peiner à suivre une conversation au restaurant. Ce dernier signe est d'ailleurs très caractéristique : à partir de la cinquantaine, dès qu'il y a du bruit de fond, la compréhension devient beaucoup plus difficile.
Un point de vigilance important : une perte auditive (sans bouchon) qui ne touche qu'une seule oreille doit conduire rapidement chez l'ORL, car elle peut révéler des pathologies sur le nerf auditif. Plus généralement, toute baisse d'audition qui persiste au-delà d'une à deux semaines mérite un bilan. Faire tester son audition ne signifie pas forcément finir chez l'audioprothésiste, mais c'est une étape essentielle pour agir à temps.
En quoi consiste un bilan auditif ?
Le bilan débute par un examen ORL complet, qui permet notamment d'écarter une cause simple comme un bouchon de cérumen, dont le retrait améliore immédiatement l'audition.
L'examen auditif se déroule ensuite dans un environnement calme avec un casque ou en cabine insonorisée, et comprend trois volets :
- L'audiométrie tonale, qui mesure la perception de sons purs à différentes fréquences, des graves aux aigus, pour quantifier la perte.
- L'audiométrie vocale, qui évalue la compréhension de mots à différents volumes. Par exemple, si à 40 décibels, soit le niveau d'une conversation normale, le patient ne comprend aucun mot, le retentissement sur la communication est majeur.
- L’audiométrie numérique, qui permet désormais de tester la compréhension dans le bruit et reflète beaucoup mieux la réalité de l'audition au quotidien.
Quelles sont les solutions disponibles quand la perte auditive est confirmée ?
Lorsque la surdité est irréversible et qu'elle retentit sur la vie quotidienne, l'appareillage est la solution. Et il est important de dédramatiser cette étape. Quand on annonce à quelqu'un qu'il a besoin de lunettes, on ne bouleverse pas sa vie. Pour les appareils auditifs, cela devrait être la même chose. Les prothèses auditives actuelles sont très performantes, et elles le seront encore davantage avec l'arrivée de l'intelligence artificielle dans le traitement du signal sonore. En France, 97 % des personnes appareillées déclarent une amélioration de leur qualité de vie.
Lorsque les prothèses auditives conventionnelles ne suffisent plus, notamment dans le cas de surdités neurosensorielles sévères à profondes, une autre solution existe : l'implant cochléaire. Contrairement à la prothèse qui amplifie les sons, l'implant les convertit en signaux électriques transmis directement au nerf auditif. Cette technique existe depuis les années 1970 et est aujourd'hui parfaitement maîtrisée. L'implant est intégralement pris en charge par l'Assurance Maladie et il n'y a pas de limite d'âge pour en bénéficier.
Un point essentiel à comprendre : l'audition ne se joue pas dans l'oreille, mais dans le cerveau. Lorsqu'une personne perd progressivement l'audition, son cerveau s'adapte au silence et met en place des mécanismes de compensation qui, paradoxalement, vont à l'encontre de la rééducation auditive. C'est ce qui explique qu'il est bien plus facile d'appareiller une surdité récente et légère qu'une surdité ancienne et profonde. Chaque année perdue rend l'adaptation plus longue et plus difficile, d'où l'importance de ne pas repousser la prise en charge.
Comment préserver son capital auditif au quotidien ?
La presbyacousie est liée au vieillissement naturel, mais certains facteurs accélèrent considérablement la dégradation. Le premier : l'exposition au bruit. L'ouïe est en danger dès que l'exposition sonore quotidienne dépasse 80 décibels. Les lésions provoquées sont irréversibles et s'ajoutent au vieillissement naturel de l'oreille. On pense aux concerts ou aux discothèques, mais les situations dangereuses sont aussi très quotidiennes : un perforateur, une tondeuse thermique, un souffleur de feuilles. Ces outils génèrent des niveaux sonores élevés à proximité immédiate de l'oreille. Je recommande à mes patients d'avoir un casque anti-bruit chez eux et de l'utiliser systématiquement lors du bricolage ou du jardinage.
Certains sports comme la plongée sous-marine présentent également un risque s'ils ne sont pas pratiqués dans les règles. Enfin, certains médicaments sont ototoxiques, c'est-à-dire toxiques pour l'oreille, notamment l'aspirine à forte dose ou certains antibiotiques. C'est un aspect souvent méconnu.
Le message à retenir : des solutions efficaces existent à chaque stade de la perte auditive, des prothèses de dernière génération aux implants cochléaires. Si vous ou un proche présentez des signes de baisse d'audition, n'attendez pas pour consulter un ORL. Plus la prise en charge est précoce, meilleurs sont les résultats.
Vous souhaitez en savoir plus sur la surdité ?
Le Dr Michel El-Bez a participé au Comité Scientifique du Livre Blanc « La surdité sévère à profonde chez l'adulte en France » (janvier 2026). Ce document de référence dresse un état des lieux complet de la prise en charge de la surdité en France et formule 11 recommandations pour améliorer le parcours des patients. Il est le fruit de plus de 40 entretiens menés auprès de professionnels de santé, d'institutionnels, de patients et d'associations.